Best’ionerfs 2012-2013

Pour ceux qui connaissent le Dictionerfs, pour ceux qui ne le connaissent pas et qui tombent sur le blog, voici un petit Best Nerfs of de l’année 2012-2013.

Quelques uns des 150 articles de l’année : Bulletin de notes de Pinocchio, Dracula et autres vamprofs, Le complexe de Guy Degrenne, E/D L’épicier, Numéro Dys, SVTT, Ladite surveillance, Hitchcock, Collège Lautréamont, Ibrahimovic, La rose pourpre du cours, Ouliprof, Faire le Hakatre, L’adoub(l)ement.

BULLETIN DE NOTES DE PINOCCHIO,  à l’école du mensonge (Cas littéraire)

Italien : De réelles capacités. Mais avoir un papa italien, Pinocchio, ne dispense pas de travailler à la maison.

Économie : Détourne sans cesse la conversation. Adepte du chèque en bois plutôt que du compte en Suisse.

Technologie : Il faudrait que Pinocchio comprenne qu’on ne fait plus de menuiserie à l’école. Qu’il cesse de venir avec son ciseau à bois !

Français : Toutes les rédactions ne sont pas des contes. Une scène de théâtre, un portrait, un texte argumentatif sur la corrida ou une poésie engagée NE PEUVENT PAS commencer par « Il était une fois un morceau de bois ».

Arts Plastiques  : Adeptes des constructions obliques…sans parler du comportement.

Mathématiques : N’a toujours pas compris la différence entre conter et compter. Un raisonnement mathématique n’est pas une histoire ! Qu’il cesse de me réciter sa table de multiplication en me disant « il était une fois ».

Histoire : Comme il n’apprend rien, j’ai eu le malheur de lui dire que ses oreilles allaient pousser comme celles d’un âne. Depuis je ne le vois plus à mes cours.

Anglais : To learn or to lie, that’s the question, Pinocchio.

Musique : Cet élève ne s’intéresse qu’à la musique foraine, qui n’est pas au programme… Il a aussi la désagréable habitude de prendre son nez pour une flûte.

EPS : Sous prétexte qu’il serait de bois, Pinocchio pratique la natation de manière dangereuse. Si cela continue, je serais bientôt réduite à lui interdire le cycle de piscine.

SVT : Il serait bien que Pinocchio arrête de dire à ses petites camarades qu’il n’est pas de bois. Certaines s’en plaignent. C’est gênant pour tout le monde. Voir un psychologue peut être judicieux.

DP3 : J’ai fait remarquer à Pinocchio : «Mais s’il ne te plaît pas d’aller à l’école, pourquoi ne pas apprendre au moins un métier qui te permettrait de gagner honnêtement ton pain ?». Il m’a répondu : «De tous les métiers du monde, il n’y en a qu’un seul qui me plaise vraiment : celui de manger, boire, dormir, m’amuser et mener du matin au soir la vie de vagabond.» Depuis, je ne l’ai plus vu en DP3.

Education Civique : «Il nous est naturel de penser que Pinocchio a toujours existé, on ne s’imagine pas en effet un monde sans Pinocchio», a dit un jour l’écrivain Italo Calvino. Moi, ce monde, je l’imagine très bien. J’en rêve, même !

Histoire des Arts : Bon travail sur La Mort aux Trousses d’Hitchcock. Toutefois, le jury signale un travail disproportionné pour le nez de Lincoln dans la scène sur le Mont Rushmore.

Vie Scolaire : Attention aux fréquentations. Beaucoup d’absences et de retards.

Appréciation du Conseil de Classe : Puisse votre futur démentir votre attitude actuelle.

 

DRACULA (ET AUTRES VAMPROFS) légende morte-vivante (Le Système Stoker au sein du système scolaire)

Le personnage du Vamprof est apparu en même temps que le Socle commun. Depuis que le socle a été réformé, c’est désormais un personnage qui remonte à plus d’un socle, clairement un personnage séculaire.

Le Vamprof est très facile à identifier.

Cette créature a la peau blafarde. À cela deux causes : 1) la rareté de sa présence en extérieurs, 2) des avoirs gelés qui gênent la circulation de son sang.

Ses yeux changent de couleur en fin de journée : ce sont deux yeux rouges qui fixent le dernier élève quittant furieusement sa salle de cours.

Son langage est aussi un signe distinctif. Parfois il s’exprime comme s’il venait d’une autre époque : «Je voudrais que vous lisiez ce livre».

Il a certes renoncé à la vie de château, mais, sur le plan de la mobilité, les compléments de service et le manque de respect lui confèrent une vitesse et une force incroyables. Pour le reste, il a gardé son sens du spectacle et de l’esbrouffe, en revanche il a troqué sa cape pour un ascenseur social.

Il ne mange pas ou si peu : il mange à la cantine. Il résiste facilement aux plats improbables et à la cuisine à l’ail. Et puis, comme il sait qu’il sera retraité comme un chien, il se contente de soigner ses canines et leur allongement.

La légende prétend qu’il ne travaillerait pas pendant la journée. C’est faux. Le Vamprof a su s’adapter à la lumière artificielle des néons. De plus il consacre quelques soirées à la correction de copies. C’est d’ailleurs cette activité nocturne qui lui permet de s’alimenter en rouge sang.

Évidemment, il ne vieillit pas (ou si peu) mais garde sa jeunesse puisqu’il l’encadre (la jeunesse !). Il ne meurt pas tant qu’il a son emploi à vie. Après, c’est toujours le problème de la qualité de l’Entretien avec un Vamprof.

À rebours des injonctions joyeuses de la vie en groupe, le Vamprof assume et revendique une solitude multiséculaire. Le Vamprof est seul. Il a toujours préféré la Transylvanie à la Transdisciplinarité.

Hélas, sa solitude déterminée gêne et les chasseurs de Vamprofs existent !

L’élimination du Vamprof repose sur un accessoire : le livret de compétence et ses croix.

Imposer le livret de compétences à un Vamprof c’est le condamner à une crucifixion pédagogique lente et douloureuse. En effet, quand il s’agit du savoir, il se refuse à confondre Service (Public) et Fosse (Commune).

Célèbres Vamprofs.
– Vlad’ le Prof : Celui qui surgit du bout du couloir et surprend des élèves en fâcheuse posture
– Notesferatu : Monstre dentu qui ne pense quenottes.
– Tweetlight : Le Vamprof qui lutte contre le tweet par des rédactions de deux pages ; celui qui fait composer ceux qui dé-composent.
Lis-Ecris-Compte Dracula : Le Vamprof, par Excellence.

 

COMPLEXE DE GUY DEGRENNE (Le), revanche scolaire («Guy Degrenne, c’est aujourd’hui le premier»)

C’est un complexe qui atteint d’anciens élèves arrivés à l’âge mûr : des élèves qui, au collège, ne furent jamais dans leur assiette.
Lorsqu’un élève s’agite et ne travaille pas assez, le professeur le signale. Ce constat est scrupuleusement consigné par ces professionnels de l’Éducation sur un document officiel qu’on appelle bulletin scolaire.
Le complexe de Guy Degrenne se fonde sur l’archivage de ces bulletins. La relecture de chaque appréciation donne un goût de revanche, car elle fait résonner  une célèbre formule, fondatrice du complexe. Cette formule se trouve dans la publicité Guy Degrenne. Un proviseur se désole qu’un élève perde son temps à dessiner en classe. Il lui dit :
«Mon pauvre Guy Degrenne, ce n’est pas comme cela que vous réussirez dans la vie !»

C’est la version ‘Capitaine d’industrie’ du ‘Mozart qu’on assassine’ de Saint-Exupéry.
Le professeur doit prendre garde à ne pas faire de faute professionnelle, à ne pas jouer le Déconseilleur d’Orientation. En tout cas, l’élève qui dessine des fourchettes et des couteaux dans les marges de son cahier fait désuet, a un côté Truffaut : l’ado rebelle joue Les 400 Couteaux. Guy Degrenne a changé. Pas facile pour le professeur de  repérer un futur grand industriel parmi tous ceux qui veulent devenir footballeur ou testeur de jeux vidéos.

Il est certain que Bulletins de notes et Bulletins de votes s’entendent sur un point : ils peuvent mieux faire. Faut-il pour autant supprimer l’appréciation du professeur ?
Cette synthèse, que l’on prend à tort pour une sentence, remplit la case du Bulletin.  La modernité de ce tweet, avant la lettre, ne remplit-elle plus sa mission de prospective scolaire ? Attend-on plus du professeur ? Doit-on  transformer les conseils de classe en séance de divination, avec sacrifice sur l’autel ? La Conseillère d’orientation doit-elle lire dans les entrailles des élèves (bien sûr, dans les cas les plus désespérés)?

Si le complexe de Guy Degrenne conduit au divan, le professeur doit-il se faire devin ?

(Dialogue extrait d’un conseil de classe. Le Principal donne la parole à un professeur)
– Professeur Tiresias, vous qui scrutez tout aussi bien ce qui s’enseigne que ce qui demeure interdit aux lèvres humaines, vous qui possédez le don de clairvoyance, qu’avez-vous à dire à cet élève ?
– Médite mes oracles, et, si tu t’assures que je t’ai menti, je veux bien alors que tu dises que j’ignore tout de l’art des devins.

Le professeur ne professe plus. Il prophétise. Tant mieux ! Cela fait des années qu’en pauvre donneur d’alerte il se fait traiter de Cassandre.
Le professeur en a fini avec la pédagogie grossière des perles aux cochons, fier de sa générosité en acier inoxydable, il va désormais transformer les élèves en sots à champagne.

Nota Bene : Le dialogue extrait d’un Conseil de classe s’inspire fortement d’une pièce grecque de Sophocle. Oui, le grec (comme le latin) « peut aider à se structurer ».

La fameuse pub Guy Degrenne (l’une de ses versions) : http://www.dailymotion.com/video/xa0v2k_guy-degrenne-1986_shortfilms

Le livre, où semble se dessiner ce complexe, est présenté ici : http://blog.francetvinfo.fr/livres-actualite/2013/02/22/peut-mieux-faire-un-ex-cancre-publie-ses-bulletins-scolaires.html

 

E/D L’ÉPICIER [E/D : prononcer ‘e sur d’ ; dans les statistiques de l’Éducation, c’est le nombre moyen d’élèves par division]

Le domaine d’E/D l’épicier c’est l’éducation de proximité.

Ses objectifs sont simples : Lire, Écrire, Hard-Discount.

C’est une enseigne qui vend de tout, pas cher. Tout ce qui est en plein dans le socle. Les produits sont d’ailleurs étiquetés : «Close to the socle» ou «Acquis faut qu’on». L’épicier n’est pas LPCier pour rien, il sait de quoi il parle, il connaît son Appellation d’Origine Contrôlée, son AOSocle. Tout produit acheté est un acquis pour l’éternité.

E/D l’épicier fait dans le plain-pied, il ne veut pas de l’ascenseur social. Ça fait trop de charges à payer. Il aime la foule (affluence, audience) et sacrifie volontiers l’enseignement en groupe à l’enseigne de son groupe : elle est jolie, colorée, simple. En plein dans le socle.

Le crayon sur l’oreille, E/D feuillette son livret de Compte-Dépenses. Il a le temps. Sa boutique est ouverte jusqu’à tard et il aime bien la compagnie. Surtout souriante et enjouée.

Cependant, comme tout petit commerce, il a ses contraintes. E/D l’épicier veut bien que les profs récoltent des fruits mais c’est lui qui doit les vendre et les ventiler, en faisant quelques choux-gras, bien sûr. Du coup, alors que l’enseignant perd sa force pour le sport de combat pédagogique (et décroche quand il faudrait qu’il coche), E/D L’épicier se prend pour Ray Choux-gras Robinson.

Les temps changent. Depuis que le pape a démissionné, E/D l’épicier est passé au numérique et n’a plus d’ardoise. Du coup, privé de l’émissaire de Dieu, il ne prévoit pas : il voit à la dépense. La maison a beau être ouverte jusqu’à tard, elle reste ferme et ne fait pas crédit. Pas d’élèves, pas de division.

Elle a néanmoins une monnaie d’échange.

En fait, comme Dieu, elle fait des signes positifs.

Aide-toi ou E/D-toi, le ciel t’aidera.

 

NUMÉRO ‘DYS‘ C’est mon foot, maxima culpa («Le numéro Dys récupère le ballon et…BUTTTTT !)

L’École publique laïque n’obéit pas à dix commandements, elle vit sous le joug des Dys-fonctionnements : dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie… Et avec ça ? Ce sera tout.
Sur le terrain de football républicain l’équipe pédagogique est tenue de tout faire pour son numéro Dys. Il parait qu’il a un beau jeu de tête ! Tout le monde doit se mettre en quatre. Bénévolement, pour rien, pour la beauté du geste. Dans les gradins du Service Public, la liesse est grise et discrète : plutôt liesse-béton.
Au quotidien, pour leur numéro Dys, les profs doivent mettre leurs cours en bouteille. Hélas, les fonctionerfs, qui ont de la bouteille, ont du mal à compter jusqu’à dys et on leur en veut. Pourtant leur attitude est plutôt saine : ils refusent la proie pour le nombre. Ils jouent collectif.
À ces serviteurs consciencieux on voudrait refiler un complexe de Dys. Pour ça, tous les moyens sont bons.
«Tu ne tueras pas».
Ce dys-commandement, provocateur et culpabilisant, les ébranle parfois et sollicite alors leur jeu de jambes dans une véritable O-dys-sée :
– ils vont à maintes réunions,
– ils aménagent leurs notes,
– ils photocopient au format adéquat,
– ils choisissent leurs œuvres à étudier dans un catalogue de livres audio,
– ils donnent des dictées à choix multiples,
– ils consacrent à un seul élève une moitié de leur Cerveau Public de Qualité.

Mais le plus souvent les fonctionerfs travaillent en se dépêchant, à la limite du penalty et sans soigneur, bo-Dys-Surfant dans l’intérêt du groupe classe.
Leur motif est généreux. Ils se refusent au Dys Downing Street, ils ne se voient pas en chair à Thatcher, There is no alternative. D’alternative, ils en connaissent une. Elle a pour nom AVS et désigne un remarquable Service Après Dys.
Qu’ils acceptent ou qu’ils refusent les dys-fonctionnements, les fonctionerfs vivent toujours un moment crucial. Celui où le Dys en vient à ressembler à s’y méprendre à un chiffre romain : X.
En forme de croix, ce chiffre romain, chiffre maudys, leur donne alors un teint de chiffe molle. À la seule pensée du socle commun et de ses croix multiples, voilà que c’est eux qui dysfonctionnent. Pour eux, tout est Dys ou presque.
Pour préserver leurs forces, déjà bien décimées, ils troquent alors leur café pour du déca. Ils n’en veulent qu’au système et sont navrés pour tous leurs élèves.
Ils savent qu’en tant que fonctionnaires ils rendent un service secret mais qu’ils n’ont rien d’un James Bond : ils ne vivent qu’une fois. Don’t think twice.

 

SVTT, n.f. , discipline motrice (Casse-cou et Quatre-roues)

Si le professeur est un fonctionnaire de terrain, le professeur de SVT est un fonctionnaire Tout-Terrain. Quand il ôte sa blouse blanche, il bluffe ses collègues.

Hussard Noir, c’est pas pour lui. Grand Pédagogue ? Non. Plutôt Marvelous, Fantastic, Fab’ ! Pourquoi ces mots anglais ? À son arrivée au collège, jeune truite sortant de l’eau atteignant tout juste la maille universitaire, le prof de svtt annonça à tout le monde qu’il préférait qu’on le complimente en anglais. Il expliqua à ses collègues étonnés que c’était en anglais qu’on publiait les travaux scientifiques…Beaucoup rirent de l’ambition démesurée du jeune professeur appelé à enseigner en collège. Mais, depuis ce temps, beaucoup l’appellent « Fab’ », sans plus savoir pourquoi, et ils lui reconnaissent beaucoup de talents.

Il a le chic pour parler du genre (d’ailleurs, le mot tout-terrain est trans-genre, invariable). Le prof de SVTT ignore les terrains glissants. Il sait ce qu’est un trouble sexuel…enfin, il sait d’où ça vient…enfin, chez les autres, évidemment. Parle à l’hormone, la tête est malade.

C’est un expert. Il est prêt à tout entendre, à ça près que c’est toujours mieux savant.  S’il lui arrive de voir des élèves en ébullition former un magma d’ados, il ne peut s’empêcher de maugréer que c’est plus ce que c’était, que tout volcan !

Il a longuement étudié le système digestif humain. Et dix gestes, c’est plus qu’il n’en faut pour s’épargner de toucher à quelques plats de la cantine. Il n’a pas besoin de dessin pour choisir d’être plus gastronome que gastro. Lorsqu’il vous serre la main, il entrelace ses doigts entre les vôtres. Ni franc-maçon, ni Envahisseur, c’est son réflexe contre les risques infectieux : il prend votre main pour un savon.

Pauvres classes de collège où il y a du bruit…

Avec ses 4 roues motrices, le prof de svtt, lui, fait tenir ses élèves à carreaux. Dans sa salle, il fait Sciences. Il est respecté. Rien d’étonnant à ce qu’il soit le professeur qui rencontre le plus de parents d’élèves. C’est qu’il connaît l’origine de la la matière des êtres vivants : pardi, il a même leur numéro de portable !

Ce professeur est bien plus qu’un pédagogue. Il a une vision : non seulement pour ses élèves mais aussi pour son collège. Il sait lire les paysages et leur évolution. Il lit les plans, propose des modifications et déplacerait même des massifs pour les admirer devant ses fenêtres de cours : Vercors, Chartreuse ou Écrins. Si cela s’avère impossible, il prévient que ses souris disséquées peuvent accoucher de montagnes ! Diable de Prof de SVTT, genre de Mr Hyde.

Les communautés ne lui font pas peur : il s’y connait en répartition des êtres vivants. Du coup, il dirige souvent l’amicale de son collège. Le succès du collectif et les lenteurs administratives en feraient même le partisan d’une auto-gestion : la micro Scop, comme il l’appelle.

C’est un professeur engagé, militant, en alerte. Il est sensible au moindre battement d’aile du Pape Peillon. Par les informations qu’il relaie, il contribue, en salle des profs, au bon fonctionnement de l’appareil soupiratoire de ses collègues.

C’est un collègue durable, d’intérêt public…enfin, quand il n’est pas en voyage ou en sortie. Tout-terrain, corsaire indécrottable du corps enseignant !

 

LADITE SURVEILLANCE, Tout surveillant doit surveiller (évidence administrative)

Dans les modalités de la surveillance du Brevet on trouve ceci : «Toute activité autre que celle portant sur ladite surveillance et renvoyant notamment à la lecture, la correction des copies (…) doit être donc interdite».

(…) ? Le document officiel, remis aux surveillants, n’est pas complet. Quelles coupables activités peuvent bien cacher ces parenthèses ?

On nous cache tout. On tronque. On nous dit rien.

Tentative de reconstitution de ce qui a été coupé dans les modalités.

«Toute activité autre que celle portant sur ladite surveillance et renvoyant notamment à la lecture, la correction des copies (au remplissage d’une grille de loto, à la confection de bracelets brésiliens, à l’observation d’un chantier et sa belle bétonnière juste en bas de votre salle, au règlement (de compte) intérieur visant l’un de vos collègues Nabilisés (avec Bac + 3, c’est dire !) qui vous reproche de surveiller moins que lui alors que, lundi, vous corrigerez toute la journée, à l’établissement de votre liste des courses de samedi, au contact chaotique (le wifi passe mal dans les collèges) d’une ligne de dépannage pour votre Livebox, à l’observation de votre porte-feuille boursier, à la recherche d’un nom pour le petit chat que vous venez d’adopter, à la négociation d’un nouveau forfait pour votre portable, au tricot, à la lecture de L’Équipe dans sa nouvelle formule, à la confection de scoubidous, au repérage d’un casque abandonné vous laissant penser qu’un des ouvriers dudit chantier a disparu, aux signes que vous faites aux élèves pour leur demander d’attendre que vous ayez terminé votre coup de téléphone pour avoir des feuilles de copies, à l’organisation d’un karaoké avec votre collègue d’un bout à l’autre de la salle, à votre mésentente sur le choix du chanteur (Claude François ou Joe Dassin), au repérage d’une jambe émergeant du béton dans le puits de fondation dudit chantier, au compte besogneux du nombre de caractères compris dans la dictée, à l’interprétation a capella du Born to run de Bruce Springsteen, à la découverte affolée de la disparition de ladite jambe et à son recouvrement complet par du béton, à la satisfaction prolongée de ne plus manger à la cantine avant septembre, au soulagement de ne pas avoir de copies à corriger le jour du Brevet, le 27 juin (mais qui en a ?!), à la relecture consciencieuse du texte des modalités pour voir si un élève peut sortir au bout d’une heure, à la vision accélérée de quatre ans de collège grâce à l’échantillon trombinoscopique des élèves que vous surveillez, à l’envie d’appeler la police suite au meurtre qui vient d’avoir lieu sur le chantier, à vos hallucinations parce que vous avez trop vu Fenêtre sur Cour d’Hitchcock) doit être donc interdite»

Bien sûr qu’on peut lire sans être pour autant un mauvais surveillant. Il suffit de suivre les préceptes de Jules Renard : « J’aime à lire comme une poule boit, en relevant fréquemment la tête, pour faire couler. »

Sans parler de l’exemple qu’on donne en lisant. Attention : le fait de mâcher un chewing-gum fait perdre toute vertu au fait de lire en public.

 

HITCHCOCK  Professeur de terreur (« – T’as qui en Suspens ? – Hitchcock ! – Ah oui, il est sympa…mais il fiche un peu la trouille. »)

À l’heure où l’enseignant vacille sur son socle, il est assez rare de signaler un maître incontesté : Hitchcock, le maître du suspens.
La silhouette d’Alfred révèle, en plus, un maître bien en chaire, aux avoirs pas gélés du tout : de quoi plaire au mammouth dégraissé qui sommeille en chaque fonctionerfs.

On le sait peu : Hitchcock a beaucoup parlé de l’Éducation dans ses films.

39 marches (1935) Un réseau d’espionnage s’est constitué pour infiltrer le Livret de compétences. Il s’agit du réseau des 39 marches qui veut mettre fin à la tyrannie des Paliers.

Soupçons (1941) Lina, une enseignante très académique, se laisse séduire par John Aysgarth, coureur de projets invétérés. Ce dernier multiplie les voyages, les sorties, les projections de DVD. Peu à peu Lina découvre la supercherie pédagogique inventée par son compagnon. Trop tard, ils sont mariés et John a obtenu l’Académie qu’il désirait.

Les enchaînés (1946) Le portrait de deux fonctionerfs entrés dans la carrière et enchaînés à leur métier.

La corde (1948) Deux fonctionnaires européens, décidés à couper dans le budget de l’Éducation, s’entendent pour une stratégie internationale visant à la disparition du latin et de l’allemand. Ils organisent leur crime avec des rituels macabres en prenant soin de parler de rope à ces langues bientôt pendues.

Le crime était presque parfait (1954) Un film qui raconte la mise en œuvre de la RGPP. Attention des scènes peuvent heurter la sensibilité des amoureux du Service Public.

Fenêtre sur cours (1954) À cause d’une jambe fracturée, un professeur est immobilisé chez lui. Curieux, il passe son temps à observer les cours dans le collège d’en face. Un jour, il a la conviction qu’on découpe sous ses yeux le savoir en morceaux. Doit-il  intervenir ?

La main aux collés (1955) Des élèves perturbateurs sont fréquemment collés, pourtant les vols d’heures de cours continuent. Excédé, un enseignant se fâche et commet un geste qu’il risque de regretter.

Mais qui a tué Ferry ? (1956) Un grand corps malade, des suspects…Qui veut enterrer l’école publique ? Un humour très britannique, en blouse noire.

L’homme qui en savait trop (1956) C’est dans ce film que figure la chanson devenue célèbre chez les CPE, hymne à la vis scolaire : « Qui serrera, serrera »

Sueurs froides (Vertigo) (1958) Scottie Ferguson est un professeur qui peine à corriger ses copies. En effet cet enseignant est  sujet au vertige et les devoirs de ses élèves font de grandes piles. De plus il va tomber amoureux d’une femme, qui est la copie d’une autre : un véritable cauchemar.

Mort aux trousses (1959) Un film qui prône l’abandon de la trousse (et de tout ce qu’elle contient) au profit de la tablette numérique.
Scène d’anthologie : Un professeur remplaçant entre dans une salle de cours. Comme il n’a pas les élèves dans son champ de vision, il leur demande de sortir leurs classeurs et livres. Lorsqu’il lève la tête, son visage se décompose…

Psychose (1960) Norman Bates est un professeur qui s’empaille régulièrement avec ses collègues sur l’évolution de l’école. Lui, reste attaché à une vision que ses collègues qualifient de passéiste.
Une TZR, Marion Crane, va découvrir l’horreur. Aveuglé par sa passion morbide des temps passés, Norman Bates est allé jusqu’à empailler un mammouth. Empruntant l’apparence de cet animal, il passe de longues soirées à regarder les trois volets de l’Âge de Glace.
Scène d’anthologie : La scène de la douche froide lorsque Norman, en présence de sa collègue, découvre le projet de la RGPP : la suppression d’un fonctionnaire sur deux.

Les Oiseux (1963) Une jeune enseignante s’inscrit à des stages de formation et se trouve la victime d’attaques incessantes de discours oiseux, assortis de projections Powerpoint très salissantes.

 

COLLÈGE LAUTRÉAMONT, ensaignements (Service prurit de qualité)

« Je suis un collège unique qu’on traite de sale but. Dans mes couloirs, j’entends hurler «putain de matières» et siffler des langues de vipère. Le matériel se corrompt de n’être pas utilisé : cahiers à chier, TD pipés, dictionnaires désarticulés, même les crayons se taillent. Mon enceinte se vrille : tout ordi est tordu. L’humidité  dérègle le numérique. Dans un ronflement sinistre une imprimante crache à un élève un équivoque bull’tin de sa mère.

L’enseignement est mis en croix depuis que l’École est entrée dans l’ère du Diabolaïque. Les exercices sentent L’Exorciste. La belle pensée laïque se perd dans des vociférations sataniques : «acquis au cul», «non acquis niqués», «va te faire en piliers».

Puante heure ! L’heure de cours laisse des élèves pourrir,  pas pour de faux : pour un livret. On laisse ces égarés errer dans des couloirs-mouroirs : ils effec’tuent leur scolarité au bras de la Grande Cocheuse, la grande shootée à la Dead Educative.

Des classes de Troisième, elles, préparent le Diplôme National du Crevé. Des nez coulent sur des coeffichiants ; d’autres sont remplis de morgue. Plus loin des sacs à vingt titubent en état livresque. Loin du panthéon républicain, le pantin désarticulé et la pantalonnadisation.

Pour qui cet enseignement de Collège ? «pour sots» répond un sale petit malin, pendant que les professeurs passent le Gros Portail en criant «Cochons !».

Inexorablement, le Pic à Classes déchiquète les effectifs et laisse des heures charognées pour 1/2 croupes.

Et c’est moi que l’on accuse, que l’on traite de Bourreau de travail ? »

 

IBRAHIMOVIC fonctionerfs de terrain («Il n’y a pas de projets pédagogiques, il n’y a que des buts pédagogiques.», Ibrahimovic, à la sortie d’un cours)

Ibrahimovic, c’est l’incarnation du professeur solitaire. Il doit sa réputation à son jeu de tête et à son goût pour la pédagogie frontale.

La balle au bond…des rebonds pédagogiques…sans fin…au fond des centres de formation…bref, tout ça le fatigue ! S’il ne dédaigne pas le transversal c’est à la condition qu’il aboutisse à un ballon au fond des buts pédagogiques.

Il n’ignore pas que, sur le terrain, il existe une équipe pédagogique. Hélas, il a du mal avec le collectif et puis il déteste ceux qui veulent jouer libéraux. Alors, sur le banc, en plus de ses élèves, il installerait bien quelques collègues.

Oui, il aime jouer…Jouer collectif ? Que voulez-vous, il aime moins.

À rebours de ceux qui voulaient mettre l’élève au centre du système éducatif, Ibrahimovic se veut numéro 10, au poste de Savant-centre. Son but est simple : être adulé par les élèves et faire trembler les filets de leurs préjugés, voire concurrencer la toile !

Pas d’élève au centre. Au centre, c’est lui ! À la fois passeur et buteur pédagogique.

Son art du but ne nécessite pas d’arbitre, même si sa pédagogie au pied levé peut comporter des risques. Il a toujours préféré l’ovation du public à l’évaluation de l’inspecteur. En revanche, il n’aime pas qu’on l’appelle « Zlatan » : il tient à « M. Ibrahimovic ».

Nouveau César (Veni, Vidi, IbrahimoVici) et créature hybride (Loup solitaire et renard des surfaces), Ibrahimovic a beau être au centre, il est impossible à cerner. La RGPP, elle-même, n’essaya pas de le réduire : du coup, le fonctionnaire sur deux, ce fut l’autre.

Et pourtant il est pénible et sa disparition en arrangerait plus d’un.

Hélas, bien loin de se ranger bien sage dans les tribunes, il joue les tribuns.
Devant cette école qu’on veut marchandiser, qu’on veut transformer en Grande Surface le voilà qui exige des réparations ! Il est d’ailleurs tout prêt à se charger du pénalty.

Pourquoi fait-il tout ça ? Malgré son indéniable talent à décrocher la lucarne et la lune, il n’a rien d’un sinistre parvenu : en bon fonctionerfs il a ses avoirs gelés.

En fait c’est un pur esprit.

Son but pédagogique est définitivement de marquer : marquer les esprits.

Il ne vendange pas les occasions de buts pédagogiques ; au contraire il cultive sa bouteille et ces raisins de la colère qui font l’automne-homme.

C’est donc un brillant attaquant qui peut même se faire défenseur si on s’en prend à l’École publique. Il sait qu’il ne sera jamais Messi – laïcité oblige ! -, mais il n’acceptera pas non plus que le Service Public soit Pelé ! Si cela arrive, sûr qu’il rendra son maillot.

En effet, Ibrahimovic, l’adepte du beau geste qu’il est, tire trophée de son engagement pour un Service Public de Qualité.

 

LA ROSE POURPRE DU COURS, quand le mot sort du livre (Le filmfeuilles : pâtisserie pédagogique)

C’est un instant magique.
Le fonctionerfs, à la fin de son heure, ouvre la porte de sa classe et découvre le sujet de son cours : là, devant lui, en chair et en os.
Ça aurait pu être Achille, Spartacus, Le Roi Arthur, Molière, Racine, Hugo, Prévert ou même une conjonction de subordination (au moins il aurait su à quoi ça ressemble en vrai).
Non, ce jour-là, le fonctionerfs a parlé de Buck, le chien-loup dans un roman de Jack London. La sonnerie sonne…et la porte apporte un chien.
Cela ressemble à un remake du film de Woody Allen où un acteur sortait du film pour entrer dans la réalité.  Les élèves assistent à la projection de La Rose pourpre du cours.
Ce jour-là, il suffit donc de fermer un livre et d’ouvrir une porte pour que le mot devienne une réalité. Dans le bric-à-brac du collège, involontairement, le fonctionerfs déniche un chien pour illustrer son cours.
Mais comment expliquer qu’un chien entre dans un collège, gravisse deux étages puis aille, justement, dans la salle où on parle de lui ?

Inexplicable ?

Il n’y a que le fonctionerfs, les avoirs gelés et en plein Alaska social, pour reconnaître L’Appel de la Forêt, cher au romancier américain Jack London. Lanimal (le prof !) a le sang froid et ne perd jamais son Grand Nord.
Dans la sévère école du XXIème siècle l’appel des élèves est informatisé et les portables se ramassent à l’appel. Tous ces appels deviennent dérisoires et s’effacent devant l’indicible des mystères primitifs, l’élasticité de l’intelligence animale, l’alchimie du chien.

Sans rien du Tartruffe, l’animal surgit, s’invite, s’impose : The Call of the Wild.

Un hôte dog.

Avant d’être un Grand Prédateur, l’homme fut une proie. Les élèves s’en souviennent lorsque ce chien surgit dans la classe : les élèves sursautent, pendant que, dans le couloir, la foule se hérisse en vagues, les yeux écarquillés et les narines frémissantes.

Pourtant ce chien est inoffensif.

Encore que…

Il a le rire féroce du philosophe grec Diogène : il cherche un Homme. Il se moque de l’ascenseur social pour le palier 2 (il a pris l’escalier) et regarde avec mépris la forêt des compétences. Il a l’air de penser comme le loup de La Fontaine à propos de la «liberté» du chien :
(Je) «ne voudrais pas même à ce prix un trésor»
Durant quelques minutes, avec fulgurance, ce chien, sans collier, incarne toute la liberté pédagogique : The Call of the Wild School.

 

OULIPROF, lipogramme, texte sans -e (Hommage aux ÉlÈvEs qui sont, eux, pleins d’-e)

Sans ados ou quasi-ados dans son cours, un Ouliprof a froid, prof vain, sans voix.
Sous Bayrou, Darcos, Fillon, Haby, Jospin, Lang, Monory, l’Ouliprof connut aussi un grand froid (sous Zay, moins dit-on dans sa bio).
Aujourd’hui, à coup sûr, si un candidat au concours craint d’avoir froid aux avoirs, il doit fuir fissa hors du Bahut Commun.

Oui, un prof, ça choisit d’avoir froid. Pas d’option Liposuccion, il faut du Colossal, du Poilu. Mammouth un jour, Mammouth toujours. Pour attributs : avoirs minus façon glaçons.  Blafard avant d’avoir bu du sang-froid à la Vamprof. Con sans gain, toujours (Or, Cac 40 : jamais pour lui, tout à la bank).

Vocation ? Bon samaritain ? Hussard noir ? Rasta criant «Stand up !» ?

À coup d’croix, d’Pisa, on conçoit un prof caoutchouc, mais un Ouliprof fait du corps-à-corps, confiant dans sa mission : l’action, l’action, l’action. Du triplaction sans finir rasoir.

Choir du statut, d’un acquis social ? No way.

Il s’agit d’un Ouliprof magistral, grammatical, musical, axial, vivant oral, latin malin ou  indoor pour prof sportif. Du matin au soir, il a toujours l’aiguillon du travail.

Las d’un Ouliprof, on voudrait la nounou d’ados, un portrait-robot (ordis, souris, ça suffit pas). Pour sûr, il combat la doxa : jamais Bisounours pour sa notation.

1/ Dans un couloir, il dit «Chut !». Parfois il punit, inscrit un mot où il faut : «Trop bruyant !». 2/ Quand il y a du chahut dans son cours, il brandit sa punition. 3/ Supposons un Volcan, un magma d’ados, il fait alors un rapport, bilan : gnard à la maison ou inclusion au bahut. 4/ Au C.A, il boycott la DGH, hachoir à savoir jivaro qui poursuit son Moby Dick, son hussard blanc.

N’oublions pas un hobby du Moby : voir vingt ados assis à son cours sans anorak.

Qui salirait l’Ouliprof, nommant l’individu Dracon ? Pourtant…Tant pis !

A midi, il subit un Clap annonçant sa Faim !

Hollywood sans rival, confiant dans son «Qui a bu boira». Sans Plan B, l’Ouliprof va au local pour nutrition où on lui fait du plat. Pain, Portion, tracas d’ingurgitation. « Bouffons ! »,  s’unit au surnom. Y’a du sursaut avant la Raviolution !

L’Ouliprof craint un burnout profond. Alors, avant sa fin, au soir, dans son lit, quand il a un trou, avant un cours, il s’assoit sur un banc dans la cour. Il y voit tant d’ados insouciants ou ahuris, ignorant l’horizon aux faux-airs d’un Fukushima.

Soudain l’Ouliprof craint la disparition du Bahut Commun.

Puis, oubliant la complication, l’incroyant Ouliprof fuit la Toussaint, tout coup du sort ou apparition façon Soubirou.

Loin d’un fou psychosant un pain au chocolat, il a soif d’air, d’azur. À quoi bon mugir «Ouf», «prol», l’Ouliprof poursuit sa mission. Il connaît la chanson.

Du social, un fil d’humour ! Jamais fini pour lui : il croit au post-scriptum, au post-Spartacus (Spartacum ?)

Mandrin, Rosa Parks, Noam Chomsky, Howard Zinn, hasard d’un rassurant quatuor militant.

Ça fait un bail, sur un blog, qu’il fait l’Ouliprof pour un quidam passant ou pour vingt aficionados.

Rigolo. A à Z, tout un dico. Holly prof, lolly prof. Pop !

———

Sans -E ?
Eux ? Euh…les élèves !

 

FAIRE LE HAKATRE, orthographe alternative : faire le A4   (Feuille de match)

Quotidiennement la piété du fonctionerfs l’oblige à une pratique photocopieuse :  des rites sacrificiels sur l’autel du cours dans 10 minutes (laudes à 7h50 et vêpres à 15h20). Mais il arrive que la génuflexion atteigne ses limites lorsque la machine a besoin d’un supplément de râmes de papier.

Il arrive aussi que le fonctionerfs dévisse quand il est short en papier.

Donc quand la photocopieuse manque de papier A4 et que le fonctionerfs est en pelote, ce dernier a recours à une stratégie bien particulière, disons sportive.

Plutôt que de jouer au Jean qui pleure, il joue au Jean qui Maori.

Dynamité par le «nouvel élan» fraîchement annoncé par la Refondation de l’École, il exporte le concept : son nouvel élan à lui devient Nouvelle-Zélande et le voilà qui se met à faire le Hakatre.

Voici comment.

Lorsqu’il découvre qu’il n’y a plus de A4, il se frappe le front, soupire bruyamment, plie ses genoux, dodeline de la tête, soupire à nouveau (ou resoupire, plusieurs écoles existent), tape des pieds, se fait une peinture de guerre avec ce qu’il trouve (le feutre du tableau d’info peut convenir ; éventuellement le café moisi dans le filtre de la cafetière du collège, mais, avouons-le, c’est spécial)…où en était-on ? Oui, avec sa peinture de guerre il gravit élastiquement les escaliers qui mènent à l’Intendance (les élèves sont effrayés par ce qu’ils croient être un nouveau surveillant, ça c’est tout bénéfice, c’est le deuxième effet Hakatre)…ça y est, il entre dans le bureau concerné, fait face au responsable, le fixe des yeux, finalement frappe ses cuisses avec les mains,

en disant :

«A pupapier ! A pupapier ! A pupapier ! Vitaquatre te ra ! Hi !»

Bon à savoir :
– tout comme les All-Blacks vous pouvez rester habillé(e). Le rituel est suffisamment surprenant pour ne pas y ajouter une note scabreuse.
– si l’Intendant est maori, la méthode perd en efficacité mais vous y gagnez une belle complicité avec une personne ressource.
– vous pouvez vous faire accompagner au cas où quelqu’un chercherait à interrompre votre chant de guerre. En même temps faut comprendre : la Nouvelle-Zélande c’est loin !

Nouvelle pratique. Dans certains collèges c’est aux petits nouveaux que l’on confie la redoutable tâche d’aller demander une ramette de papier. Une manière de lui faire voir du pays : le Nouveau Zélé découvre la Nouvelle-Zélande.

 

L’ADOUB(L)EMENT Le Moyen-Âge ingrat (a- privatif ; cérémonie par laquelle on ne redouble plus)

La lourdeur de L’Épaisse Dame au Socle a déjà été établie (Voir L’Épaisse Dame au Socle). Désormais il faut se mettre en tête qu’elle est gentille.
À chaque fin de trimestre il est pourtant inquiet l’enfant qui confie son destin scolaire à un Conseil de Classe. Il faut s’y résoudre : cette institution ne sent plus le soufre, mais l’à bout de souffle.

En fait la boucherie des Anciens est devenue un restaurant végétarien.

Les Dragons mangent du steak-frite et font copains-copains avec les élèves. Certains auraient même été enfermés dans le garage à vélos et des élèves auraient même tiré un dragon par la queue jusqu’à ce que le Drag’couine.

Il est loin le Hussard qui crachait le feu quand on avait mal travaillé : il ressemble de plus en plus à une poule mouillée. Du coup les inquiétudes accumulées d’une classe de 25 élèves finissent en eau de boudin de Socle : c’est l’abandon en case campagne.

En fait le conseil de classe c’est pour de rire.

C’est un passage à niveau fictif. La gare est désaffectée : le chef de gare fait semblant. L’antre du dragon c’est pareil. La seule preuve de son existence est la porte qui se ferme au moment du Conseil de Classe. Si jamais la porte grince, ça fait quand même un peu peur aux moins courageux.

L’Épaisse Dame au Socle, elle, estime que la menace, le fil de sa pensée, suffisent.

Cette Grande Cocheuse est si gentille qu’au moment de sévir elle procède à un adoublement  général. Oui, lorsque le redoublement se profile, elle lui crie : «Arriéré !», Vade-Retropédalage et adouble tout le monde.

Dans ce folklore médiéval le Conseil de Classe est une table ronde laïque. Tous les professeurs sont égaux et chacun siège avec son ego : «dans ma matière, ça se passe bien», «je l’ai encore félicité(e) ce matin».

Au milieu, cool, un Principal. Roi Arthur sur le départ, il lui tarde d’aller raccrocher son Excalibur à son rocher. Mais c’est encore à lui – préséance oblige – que L’Épaisse Dame au Socle, telle la Dame du Lac, est apparue.

Celle-ci a donné des consignes très claires.

Il importe que les enseignants rendent les armes et que l’élève soit doué dans l’art de la vraiconnerie (il faut s’adapter : le faucon est plutôt difficile à trouver en zone urbaine). Ensuite l’élève est convoqué dans le bureau du Principal et écoute un sermon. Finalement L’Épaisse Dame entre en jeu. Elle va donner trois coups du plat de son épée sur la joue de l’élève et le tour sera joué.

Et elle en adouble des élèves !

C’est qu’il y a 80% d’une classe d’âge qui doit devenir bachelier !

Une dernière chose : lorsque la porte du conseil de classe se referme on entend un Graal d’agonie.

Une légende de fonctionerfs dit que ce Graal sert à recueillir le sang d’encre des professeurs de ces élèves qui ne redoublent plus.

Sur ce vase il est inscrit : «Mieux vaut tête bien faite que table bien ronde»

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2 réflexions sur “Best’ionerfs 2012-2013

  1. Pingback: Dictionerfs – Inédits – APPRÉCIATION | Dictionerfs du collège commun

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